Les Croisades 1000 ans après "DESEO PAX"

Marina Vamvakas avec son expressionisme historique compare notre époque au Moyen Âge parce que le sang qui coule sur la planète pèse plus que l'encre utilisée au fil du temps pour en écrire l’histoire. A la fin de la première décennie du XXIe siècle la terre se trouve prise dans une réalité sauvage. Conflits armés, mondialisation de l'économie, concurrence internationale, soulèvements permanents, machinations fomentées par de hauts dignitaires des gouvernements et des autorités religieuses. Censures sévères, exécutions collectives sanglantes froidement menées au nom de Dieu (peu importe lequel), avec pour toile de fond le fanatisme religieux. Le XXIe siècle a un arrière-gout du Moyen Âge.

Marina Vamvakas s’exprime à ce propos:

« Je cherche et je trouve des médiateurs, je les appelle gouverneurs, diplomates, decision makers et je les élève au rang de Chevaliers. Je les revêts des panoplies rouillées qui encombrent les armoires des châteaux et les salles immenses des musées. Je les astique. Ils les portent maintenant et montés sur leurs fiers destriers blancs aux brides incrustées d'or, ils s'élancent au grand galop. Je leur ai ordonné de garder les yeux fermés, eux et leurs chevaux, afin qu'ils ne se laissent pas emporter par de brillantes usurpations. Je leur ai enjoint de ne pas oublier la devise gravée sur le fourreau de l'épée d'Isabelle la Catholique reine de Castille : Deseo siempre honor nunc caveo - Pax conmigo. (Je désire toujours l'honneur, à présent je veille- Que la paix soit avec moi) ».

Le regard critique porté sur les parties figuratives et le refus artistique de les inclure dans un paysage naturel se coalisent ; les formes, à la fois solides et cubistes - si primordiales dans une technique avant-garde de la fin du XXe siècle - englobent l'espace.

Les épées se projettent manifestement pour défendre le présent menaçant ironiquement l'avenir. Le peintre présente, arrange et embellit les motifs de sa composition par le biais d'une perception métaphorique. Les parties dorées illuminent les principaux fondements des thèmes historiques, reposant sur la technique surréaliste ; ce sont, en effet, des outils qui permettent de briser la trajectoire rationnelle d'une évolution stylistique. La stratégie esthétique souligne l'importance de dynamiser les consciences face au mal et à la cruauté humaine. Les triptyques racontent l'histoire du passé, du présent, du futur et le regard s'accroche aux personnages symboliques. Ce n'est pas un hasard si l'artiste introduit des chevaliers dans ses toiles ; en effet, elle insiste sur la puissance des personnages et sur le motif de la croix de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, dite la croix de Malte, comme symbole d'unité et aussi comme force réelle basée sur la foi, moteur pour conquérir des projets quelquefois utopiques. 

Le critique d’art britannique Robin Dutt a écrit à propos de Marina Vamvakas:«Le poète Chaucer parle du chevalier comme de l’incarnation de l’idéal, de noblesse : sincère, loyal, généreux et courtois, il répond à la conception médiéval de l’altruisme ; la vulgarité du profil le laisse indifférent, il ne croit qu’en la bonté et en l’authenticité des sentiments, en des principes moraux et un sens inné du devoir, qui le conduit à faire le bien. Mais il est évident que, véritable ou virtuel, un tel personnage paraît singulièrement conciliant et civilisé pour une époque où régnaient la sauvagerie et la barbarie. Marina Vamvakas poursuit Dutt, sait parfaitement ce qu’est et ce que représente le valeureux Chevalier. Mais elle adapte ses hauts faits du passé aux besoins contemporains. De son propre aveu, ses Chevaliers aux panoplies éclatantes sont simplement « des bienfaiteurs, des médiateurs, des diplomates ». Le monde médiéval inondé de sang, relève semble-t-il du détail historique. Même si le monde contemporain est d’une cupidité, d’une hypocrisie, d’une cruauté et d’un égocentrisme qui n’a rien à envier à ceux des siècles passés. Cette fois en tout cas, bien que ces accessoires paraissent relever du détail technique, la lance, l’épée, la massue, sont remplacés par le bouton. De toutes façons, nous vivons dans un univers où nous nous contentons de presser sur un bouton.  Les tableaux, de Marina Vamvakas,  débordent de lumière et de couleur. La chair humaine et les muscles de métal sont soulignés par des éclats d’or et d’argent profond. Hiératiques, ses Chevaliers montent des chevaux richement sellés, retenus par des rênes ouvragées et des brides incrustées d’or. La transparence que Marina Vamvakas donne à ses œuvres, rappelle celles des vitraux classiques. Ou encore les fresques – immenses et imposants – des palais et des Cathédrales dont l’artiste paraît s’inspirer pour camper son « Conseil de la Chevalerie ». Mais on peut aussi imaginer ses Chevaliers comme des cartes luisantes et chatoyantes composant un jeu mystérieux, aussi impénétrable que le Tarot.  
La force de Marina Vamvakas réside dans sa soif de paix, de bien et de loyauté. D’aucuns trouverons contradictoire sa façon de représenter ses Chevaliers en armure, barricadés, dans leur panoplie, toujours casqués (comme s’il s’agissait d’éviter tout contact humain). Les batailles qu’ils livrent ne sont cependant pas nécessairement les mêmes que celles auxquelles participaient les Chevaliers et compatriotes de Chaucer. Parce que en fin de compte, ces figures iléales s’engageaient dans les conflits armés. Or les Chevaliers de Marina Vamvakas sont des symboles d’honnêteté, de tolérance et de constance. Ils représentent l’ordre parmi le chaos, la prudence dans le trouble et la confusion.

Vu sous un aspect menaçant, ils peuvent rappeler les Cavaliers de l’ Apocalypse ; envisagés comme un message d’espoir, ils peuvent symboliser une figure comme celle du Christ, souvent comparé à un guerrier et un Chevalier justement, bien qu’il ait été le plus doux des hommes. Dans le poème intitulé « le Faucon » où il décrit l’oiseau (d’ailleurs symbole du Christ) comme le « fils de l’aube », le moine-poète jésuite Gerard Manley Hopkins a très bien saisi cette dualité du Christ : un esprit souverain qui brave le vent furieux et triomphe de toutes les épreuves ; et comme nous peut-être, l’auteur s’ extasie devant le sublime et le merveilleux de l’exploit. Les Chevaliers de Marina Vamvakas inspirent le même sentiment de crainte respectueuse et l’invincible attirance. Ils nous sont familiers, sans que l’on sache précisément pourquoi. La quête du preux Chevalier demeure ce qu’elle a toujours été. Mais peut-être avons-nous, aujourd’hui plus qu’autrefois, besoin des sentiments et des valeurs qui l’animent.   
                                                                                   RobinDutt ».

LES PREUX CHEVALIERS DE MARINA VAMVAKAS
Azur, sable, argent, gueules, émail, hermine, sont certes de noms des couleurs, mais de noms qui appartiennent à une époque qui n’y ai plus……..Réminiscences d’un  temps révolu, qui reste néanmoins vivace dans le cœur de ceux qui savent et qui réfléchissent. Ces mêmes désignations sont utilisées de nos jours encore dans l’héraldique, science noble, pour décrire les blasons de ceux qu’y croient encore. Elles sont, précisément, ces mêmes couleurs qui enrichissent les étendards, les fanions, les oriflammes, les écus et boucliers des preux Chevaliers, qui parcourent l’Europe du Moyen Age, ainsi que le Moyen Orient, berceau de la religion de cette même Europe ; l’Europe, non pas de ténèbres, mais d’une lumineuse beauté, captée par Marina Vamvakas. Les tableaux exposés nous font oublier ce Moyen-Age sombre, superstitieux, soupçonneux, obscure, sale, hideux, maladif. Marina nous montre ses fières Chevaliers, Guerriers de la Paix d’une époque qui doit nous enchanter et nous émouvoir, car c’est bien le Moyen-Age de nos plus beaux « rêves ».

En selle sur leurs fiers destriers blancs aux brides incrustées d’or, ils s’élancent au grand galop, nous dit Marina. En effet, ses Chevaliers galopent entourés d’une avalanche de couleurs, leur armure, leur écu, leurs éperons, leurs armes, l’accoutrement de leur cheval décoré de la même façon qu’eux, et tout ceci, pour mieux impressionner et maîtriser leurs ennemies, les ennemies de la Foi, du Bien, du Beau…. Remarquez bien les destriers des « Chevaliers de la Paix », que nous montre Marina. Ces chevaux ne sont point de simples montures, des bêtes inférieurs, dont le seul but est de relever le Chevalier de la fatigue de la route et de le rendre le guerrier redoutable qu’il était. Marina nous donne une galerie de portraits de destriers, êtres individualisés, personnalisés, amis indispensables des Chevaliers, étant leur autre moitié, leur complément. Chevalier et cheval ne font qu’un, une entité imbattable, prête à affronter et se battre avec l’intrus.

Certes, la Chevalerie des de Molay, des Roland, Parsifal, des Olivier, Renaud, Tannhäuser, des Lancelot et tous ceux de la Table Ronde, la Chevalerie structurée, institutionnalisée, avec des Minnesingers et des Troubadours et leurs chansons de geste, ses belles dames, ses tournois de bravoure (inutiles certes, mais combien essentiels !), cette Chevalerie est un pur produit de l’Europe centrale et occidentale. Toutefois, les Chevaliers se trouvent aussi plus à l’est, à Byzance, comme le légendaire Dighenis Akritas, unissant en lui-même les deux religions qui s’affrontent depuis le VIIe siècle, étant selon la légende, de père chrétien et de mère musulmane. Ce prototype du Chevalier, gardien de la « Frontière de la Dignité », livre sans point s’esquiver, son ultime et plus glorieux combat, celui contre la Mort elle-même, cette insulte suprême à la Vie, quant elle arrive prématurément, avant son heure…… Dighenis et tous les autres Chevaliers ont pleine conscience de l’issue du combat, mais ils y vont…... 

Et si nous voyageons plus à l’est, au Japon, nous trouvons là les Samouraïs, qui perpétuent les mêmes idéaux de justice et de service aux peuples.

Et tous ces preux Chevaliers, de l’Ouest et de l’Est, puisent leur force à la même source, d’où jaillissent les Vertus chevaleresques, qui sont:
Loyauté – Largesse – Modération – Courtoisie.

Nul chevalier sans prouesse.
    Plutôt mort que la honte.

Le Chevalier de Marina sait qu’il va guerroyer, il sait qu’il va peut-être laisser sa vie à la fleur de l’âge, il sait qu’il ne verrait peut-être plus sa bien-aimée pour laquelle il a déjà composé tant de poèmes ; néanmoins il s’en va souriant, gai, décidé, car il sait aussi que son sacrifice suprême est dédié à la « Bonne Cause ».  

Certes il y a de bons chevaliers et il y a de mauvais chevaliers, comme il y a de bons et de mauvais ministres et rois, empereurs et  papes… Mais, Marina est heureuse de ne nous montrer que le Bon Chevalier, le Chevalier « Homme de Dieu », car serviteur du Devoir Suprême, de la « Paix ». Voilà le rêve que nous offre Marina Vamvakas ; elle nous dit : « Ne pensez surtout pas que mes Chevaliers sont du  passé  et  ils n’y sont plus. Non, mes Chevaliers vivent encore parmi nous, ils nous entourent toujours de leur sollicitude. Ils sont prêts à nous défendre, si seulement nous leur accordons la chance ».  

Les Chevaliers de Marina sont intemporels, ils sont d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ils sont de toujours, car telle est notre besoin d’eux, et notre nécessité. 

Suivons donc le chemin que nous ouvrent les Chevaliers de Marina Vamvakas, suivons-les et soyons heureux du parcours, ayant toujours comme phare

 LE  CODE DE LA CHEVALERIEI. 

I. TU CROIRAS TOUT CE QU’ENSEIGNE L’EGLISE, ET OBSERVERAS TOUS SES COMMANDEMENTS
II. TU PROTEGERAS L’EGLISE
III. TU AURAS LE RESPECT DE TOUTES LES FAIBLESSES, ET T’EN CONSTITUERAS LE DEFENSEUR.
IV. TU AIMERAS LE PAYS OU TU ES NE.
V. TU NE RECULERAS PAS DEVANT L’ENNEMI.
VI. TU FERAS AUX INFIDELES UNE GUERRE SANS TREVE ET SANS MERCI.
VII. TU T’ACQUITTERAS EXACTEMENT DE TES DEVOIRS FEODAUX, S’ILS NE SONT PAS CONTRAIRES A LA LOI DE DIEU.
VIII. TU NE MENTIRAS POINT, ET SERAS FIDELE A LA PAROLE DONNEE.
IX. TU SERAS LIBERAL, ET FERAS LARGESSE A TOUS.
X. TU SERAS, PARTOUT ET TOUJOURS, LE CHAMPION DU DROIT ET DU BIEN CONTRE L’INJUSTICE ET LE MAL.

Stathis Papastathopoulos.
                                                                                                                   Pâques 2005